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Le pluralisme religieux dans le cadre du dialogue des civilisations

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Le pluralisme religieux dans le cadre du dialogue des civilisations([1])

Signification du pluralisme religieux

Il est nécessaire de définir la signification du pluralisme religieux avant d’aborder son rôle dans le dialogue des civilisations. Il peut avoir deux significations :

La première : la pluralité des religions et des sectes dans une même société, comme cela existe chez nous en Iraq, qui est un état normal et que la législation musulmane a pris en compte en tant que réalité due à la liberté de choix, fondement essentiel dans la loi islamique

(لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ) (البقرة/256) (إِنَّ الَّذِينَ آمَنُواْ وَالَّذِينَ هَادُواْ وَالنَّصَارَى وَالصَّابِئِينَ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحاً فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ) (البقرة/62).

« pas de contrainte en matière de religion » (La Vache, 2 : 256) ; « Certes, ceux qui ont cru, ceux qui ont adopté le judaïsme, les sabéens, quiconque parmi eux a cru en Dieu, au Jugement dernier et a pratiqué le bien, trouvera sa récompense auprès de son Seigneur et ne ressentira ni crainte ni chagrin » (La Vache, 2 : 62)

L’Etat islamique leur a accordé tous les droits accordés aux sujets de l’Etat, s’appuyant sur la citoyenneté qui est partagée par tous. Quant à la religion, l’école religieuse ou l’appartenance nationale ou autre, elles n’influent pas sur le mérite de la citoyenneté. Le commandant des croyants (paix sur lui) a supporté la défection d’importants symboles de la société, entraînant de violentes guerres, à cause de sa politique équitable, alors que d’autres espéraient distinguer les catégories au niveau des mérites et des privilèges, pratique adoptée et entérinée la société. Cependant, elle fut rejetée par le commandant des croyants (paix sur lui), ayant été éduqué par le messager de Dieu (PSL).

Les exemples tirés de la vie du commandant des croyants (paix sur lui) sont nombreux à ce propos, comme son histoire avec le mendiant chrétien, alors que l’imam (paix sur lui) se trouvait dans les rues de Kufa. Il passa auprès d’un vieillard qui mendiait. Il s’arrêta et dit : « prière et paix sur lui ». « Qu’est-ce cela ? » lui demanda-t-on, ô commandant des croyants ! Il est chrétien, il est devenu âgé et impuissant et il mendie. L’Imam (paix sur lui) répondit : « vous n’êtes pas équitable envers lui… Vous l’avez utilisé jusqu’à ce qu’il devienne âgé et impuissant, puis vous l’avez abandonné »([2]).

Nommant Malik al-Ashtar au gouvernorat de l’Egypte, l’imam lui écrivit longuement sur la manière de gérer l’Etat, lui recommandant de se comporter avec tous les sujets avec équité. Il dit : « sois compatissant envers les sujets »([3]), sans les distinguer les uns des autres. Ils sont égaux en tant que citoyens.

L’état de sympathie et le regard d’égalité envers tous étaient tels, que le commandant des croyants (paix sur lui), qu’il ressentit de la douleur et qu’il trouva la mort plus facile pour lui que d’entendre ce qui arriva aux gens lorsque l’armée de Mu’awiya envahit al-Anbar et dépouilla les femmes, parmi lesquelles se trouvaient des non musulmanes. Il dit : « On m’a rapporté que ses hommes entraient dans les maisons des femmes musulmanes, chrétiennes ou juives, enlevaient leurs anneaux, bracelets, colliers et perles. Elles n’étaient épargnées qu’en demandant pitié et en pleurant. Puis ces hommes sont rentrés chez eux sains et saufs, sans qu’il ne soit tué ou blessé. Si après cette calamité, un musulman meurt de dépit, il ne sera pas blâmé mai, d’après moi, sera digne de cette mort » (Nahj al-Balagha, sermon 27([4])).

L’histoire nous rappelle que les chrétiens, les juifs et les sabéens ont accédé à des hautes positions dans les gouvernements de l’Etat islamique, et ont excellé dans différents domaines scientifiques. Leurs noms sont connus et certains sont réputés, ce qui signifie qu’ils ont obtenu de chances aussi égales que les musulmans.

 

La seconde signification du pluralisle religieux

La seconde signification : la multiplicité des avis juridiques et des opinions liées aux divergences relatives à la compréhension des textes de la législation, jusqu’à aboutir à plus d’une dizaine de réponses juridiques pour une seule question. Le législateur musulman a posé les fondations d’une telle situation positive. Des récits en provenance des Imams (paix sur eux) rapportent qu’ils apportaient sciemment des réponses différentes à des questions possibles, en vue d’intérêts importants qu’ils avaient cités([5]). Il s’agit d’un sujet de fierté que les Imams des Ahlul-Bayt (paix sur eux) ont transmis à leurs disciples, qui est l’ouverture de la porte de l’Ijtihad (effort de recherche) et la liberté d’étudier et de déduire, à partir des sources essentielles de la législation (le saint Coran et la noble sunna), en vue de donner l’occasion à toute génération la possibilité de comprendre les textes légaux, à partir de l’accumulation du legs scientifique, culturel, psychologique et social, en relation avec les nouveautés de la réalité vécue, et de profiter de tous les outils disponibles, loin de la tradition et de l’immobilisme.

Les Imams (paix sur eux) avaient ordonné aux ulémas de ne pas limiter leur explication des textes selon une compréhension précise, et si l’affaire leur semblait ardue, de la laisser pour un temps où une nouvelle génération pourrait la comprendre en fonction des exigences de son époque et d’en prendre ce qui lui semble utile. Un homme demanda à l’imam al-Sadiq : « pourquoi le Coran n’est diffusé et étudié que dans l’épanouissement ? L’imam lui répondit : « Car Dieu le Très-Haut ne l’a pas conçu pour un temps spécifique, ni pour des gens spécifiques. Il est valable à toute époque, et pour tous les peuples, jusqu’au jour de la résurrection »([6]). On rapporte qu’Ibn Abbas a dit : « n’expliquez pas le Coran, le temps l’expliquera ».

La multiplicité des opinions de l’ijtihad : positive dans le cadre des règles juridiques

Le caractère positif de cette multiplicité apparaît dans les opinions des juristes, dans plus d’une direction :

1 – elle donne à chaque génération la possibilité de comprendre les textes selon les exigences de son époque, les aléas de son temps et son espace, et autres éléments qui constituent des indices pour comprendre les textes légaux.

2 – elle protège la religion des défauts de ses savants et de leurs opinions. Car si la shari’a était comprise d’une seule manière, le refus de cette compréhension se reflèterait sur la religion elle-même, et entraînerait son refus, comme cela advint à l’Eglise au cours du Moyen-Age, où ceux qui ont rejeté un mode spécifique de vie de ses disciples ont rejeté la religion à partir de sa base. Imaginez si l’Islam n’avait eu qu’une seule image, celle que les apostasiateurs et les terroristes diffusent. Quelle serait la vision de l’Islam lui-même ? Mais l’existence de plusieurs point de vue modérés et civilisés, protège l’islam de ces visions erronées.

3 – Disponibilité des accès et des choix alternatifs, lors des difficultés, de la gêne et face aux pressions exercées sur la nation. Exemple, une personne consulte un juriste qui interdit le rasage de la barbe, mais ressent une gêne à appliquer ce jugement. Il consulte un autre juriste qui n’y voit pas un acte illégal, ainsi de suite. C’est pourquoi les juristes recommandent à leurs disciples de consulter d’autres juristes dans les questions qui relèvent du domaine de la « réserve nécessaire » (ihtiyat wujubi), selon des règles précises, ce qui veut dire que l’individu consulte un marja’ (autorité de référence) précis qu’il considère apte à juger sur tout, mais peut consulter un autre, dans les limites de l’autorisation accordée par l’autorité de référence initiale qu’il imite.

Le processus n’est ni incohérent ni sélectif, car l’individu ne peut consulter quiconque il le souhaite, selon son désir ou ses préférences, ni choisir des avis extrêmes dans chacune des questions, car il aboutira en fin de compte à une religion défigurée où les lignes générales et principales de la religion ont disparu([7]).

 

Ce que l’Islam entend par pluralisme

En résumé, le point de vue de l’islam concernant le pluralisme religieux est constructif et civilisé, selon les deux significations. La première signification contribue de façon constructive à protéger l’unité de la société, et à protéger ses droits sur la base de la citoyenneté, où règne l’égalité, et la seconde signification aide à appliquer la religion de façon malléable dans la vie de l’individu et de la société et résoud le problème du lien de la religion à la culture, ou la modernité etc..

Cette méthode pure et élevée avec laquelle la shari’a islamique a abordé le pluralisme religieux a été cependant mal exploitée, ce qui a eu pour effets la déviation de la première signification entraînant une situation de querelles sectaires, menées par des mercantilistes qui en profitent pour réaliser leurs objectifs et poursuivre leurs propres intérêts, où la religion demeure absente.

Quant à la seconde signification, quelques modernistes et prédicateurs du renouveau non réglementé y ont trouvé une issue pour défigurer la religion et fuir ses engagements, sous le prétexte que tous les jugements existants sont l’expression de la vision de leur auteur, et ne représentent pas la religion elle-même, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas dignes d’être adoptés. Cette réflexion est malsaine car les avis juridiques des mujtadins (chercheurs en jurisprudence) est l’expression de jugements que les preuves légales invitent à appliquer, après qu’ils aient été examinés par le mujtahid, qui rassemble tous les aptitudes nécessaires à l’autorité de référence.

J’espère la réussite de votre congrès béni pour satisfaire cette question, en recherches et en analyses, afin que les positions mûrissent et  fructifient, avec la permission de Dieu le Très-Haut.



([1]) Allocution de son excellence l’autorité de référence, al-Ya’qubi (que son ombre persiste), en réponse à l’invitation qui lui fut adressée par la présidence de l’université d’al-Kufa, pour participer au congrès tenu à l’université en association avec l’Institut des études rationnelles dans al-Najaf, les 20 et 21/2/2014, en présence de ulémas, penseurs et personnalités concernées par la question du rapprochement entre les religions, venant de plusieurs pays islamiques.

([2]) Wasa’il al-Shi’a, vol. 11, p. 49, chap. 19, hadith 1

([3]) Nahj al-Balagha, sermon 53

([4]) D’après la traduction de Nahj al-Balagha, par dr. A Obeid, ed. al-Biruni, sermon 27.

([5]) Voir notre ouvrage « al-Fiqh al-Bahir fi sawm al-musafir » p. 140

([6]) Bihar al-Anwar, vol. 2 p. 280

([7]) Ibn al-Hajjaj a composé des vers se moquant des fatwas déviées dans les quatre écoles.